
Dépistages : à chaque âge, les bons rendez-vous
Quels cancers peut-on dépister, à quel âge et avec quels examens ? En France, trois programmes nationaux de dépistage organisé concernent les cancers du sein, colorectal et du col de l’utérus. Un programme pilote est également en cours pour le cancer du poumon. Pourtant, la participation reste insuffisante. Pourquoi ? Comment lever les freins ? La Ligue contre le cancer se mobilise, aux côtés de ses partenaires et acteurs institutionnels pour faire du dépistage un réflexe santé accessible à tous.
Septembre 2026 (n° 411) – Texte : Chloé Dussère
Temps de lecture : 15 minutes
Les Français : mauvais élèves du dépistage ?

Les programmes nationaux de dépistage organisé des cancers du sein, du col de l’utérus et colorectal peinent encore à atteindre les niveaux de participation attendus. Malgré les bénéfices démontrés d’un diagnostic précoce, le recours au dépistage reste insuffisant.
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Cancer du sein
45,7 % de participation au dépistage organisé en 2024 et 2025(1) auxquels auxquels s’ajoutent 10 % des femmes âgées de 50 à 74 ans qui ont fait l’objet d’un dépistage dans le cadre d’une approche de dépistage sur prescription individuelle(1).
- Cancer du col de l’utérus
60,9 % de participation dans le cadre du dépistage du cancer du col de l’utérus(1).
En 2024, environ 60 % des femmes ont effectué un frottis du col de l’utérus au cours des trois dernières années(1).
- Cancer colorectal
30,7 % de participation au dépistage organisé sur la période 2024-2025(1)
(1) Santé publique France.
Analyser les freins au dépistage pour mieux les combattre

Plus un cancer est détecté tôt, plus les chances de survie sont élevées. D’où l’intérêt du dépistage qui rencontre, en France, un succès modéré. Des pistes d’amélioration, misant notamment sur un accompagnement personnalisé (à l’instar de l’étude MyPeBS dont les résultats sont attendus en 2028), sont explorées.
Le dépistage sauve des vies
Selon l’Organisation mondiale de la santé, il réduit la mortalité par cancer du sein et par cancer colorectal de 20 à 30 % et jusqu’à 50 % pour le cancer du col de l’utérus. Parce qu’il est capable de détecter la maladie à un stade précoce, voire avant même que le cancer se déclare, le dépistage a également la capacité de réduire l’incidence de certains cancers. Une coloscopie réalisée à la suite d’un examen positif au test de dépistage du cancer colorectal peut, par exemple, permettre de repérer un polype qu’il suffit d’enlever avant qu’il ne cause un cancer.
Trois programmes nationaux de dépistage organisé des cancers
Convaincue par ses effets bénéfiques à court et long termes, la France, sous l’impulsion européenne, a lancé dès 2004 un programme gratuit de dépistage organisé du cancer du sein puis, en 2008, son équivalent pour le cancer colorectal et, dix ans plus tard, pour le cancer du col de l’utérus. Ces initiatives affichent, hélas, des taux de participation trop faibles. « Le dépistage individuel du cancer du sein réalisé en dehors du programme organisé serait néanmoins en augmentation, portant le taux de dépistage de ce cancer autour de 57 %, nuance la docteure Suzette Delaloge, présidente de l’Institut national du cancer. Mais la France reste loin des pays nordiques qui affichent des taux de participation aux programmes de dépistage avoisinant les 75 %. »

En matière de dépistage, l’échange et la discussion avec le médecin traitant sont déterminants. »
Docteure Suzette Delaloge, présidente de l’Institut national du cancer
Quels sont les freins au dépistage des cancers ?
Défiance vis-à-vis des autorités de santé, difficultés d’accès aux radiologues pour pratiquer une mammographie, freins culturels et émotionnels, tabous autour du cancer du côlon-rectum… : le désintérêt pour le dépistage national serait multifactoriel. Pour la docteure Suzette Delaloge, ce phénomène serait également lié à « l’immense confiance des Français dans le système curatif, une confiance que d’autres populations, par exemple en Angleterre, n’ont pas autant ». Même si le cancer fait peur, les Français seraient suffisamment convaincus de l’efficacité des traitements et pas suffisamment de celle de la prévention et du dépistage qui ne leur apparaissent pas comme une priorité… et encore moins dans un contexte social, économique et environnemental difficile. Cette position minimise les conséquences des traitements, les difficultés liées à l’après-cancer et aussi le fait qu’un cancer a davantage de chances d’être effectivement soigné, à condition qu’il soit détecté tôt.
Prévention et dépistage : le duo gagnant
Comment lever les freins au dépistage ? Là aussi, la réponse peut combiner plusieurs solutions. « Pour le cancer du sein, des réflexions sont en cours, comme l’aide à la prise de rendez-vous auprès de radiologues et des dispositifs “d’aller vers” comme celui de l’assurance maladie qui invite par téléphone les personnes à se faire dépister, explique Suzette Delaloge. La mise en place d’un test d’autoprélèvement vaginal pour le cancer du col de l’utérus pourrait également aider à lever la barrière du rendez-vous gynécologique. À l’instar de la campagne de la Ligue contre le cancer sur le cancer du côlon, il me semble aussi important de mettre en place des communications positives et percutantes sur les bénéfices du dépistage. » Combiné à la prévention, le dépistage donne d’excellents résultats, « jusqu’à réduire la mortalité par cancer de 70 à 80 % pour le cancer du col, précise la docteure Delaloge. Des performances loin d’être atteintes par la seule voie thérapeutique ». Combiné à la vaccination HPV, le dépistage du cancer du col laisse également espérer, dans les pays les plus avancés comme la Suède ou l’Australie, l’éradication prochaine de la maladie.
Cancer du poumon, IA : comment le dépistage pourrait-il évoluer ?
Après le cancer du sein, le cancer colorectal et le cancer du col de l’utérus, le prochain programme national de dépistage organisé pourrait concerner le cancer du poumon, actuellement en expérimentation dans cinq premières régions pilotes en France via le programme de recherche IMPULSION(1). Des pistes sont également explorées pour améliorer les dépistages et leur accessibilité, notamment grâce à l’intelligence artificielle. « L’IA semble très utile pour aider les radiologues à lire des mammographies, identifier les personnes à risque ou encore assister les coloscopies, mais la présence humaine, le soutien des pairs, des professionnels de santé et des associations restent essentiels », conclut Suzette Delaloge.
(1) Pour « IMPlémentation du dépistage du cancer PULmonaire en populatION », un programme visant à détecter les cancers du poumon à un stade précoce, testé sur 20 000 fumeurs et anciens fumeurs âgés de 50 à 74 ans.
La Ligue, ambassadrice du dépistage pour tous

Campagnes, actions de terrain, plaidoyers…
la Ligue contre le cancer mobilise l’ensemble de ses forces autour d’un objectif clair : augmenter le taux de participation au dépistage en France.
Relais des campagnes nationales, la Ligue contre le cancer mène un important travail d’information pour expliquer les enjeux et les modalités du dépistage, lutter contre les idées reçues et inciter les publics concernés à passer à l’action. Pour toucher le plus grand nombre, elle mobilise l’ensemble de ses leviers de communication : actions de terrain, site Internet, réseaux sociaux, publications, partenariats et campagnes digitales. Si les grands messages de prévention sont aujourd’hui largement connus, ils ne suffisent pas toujours à faire évoluer durablement les comportements.
Dans un environnement saturé d’informations, la Ligue renouvelle donc ses prises de parole avec un ton à la fois audacieux, respectueux et accessible, afin d’encourager le passage à l’action. Les résultats illustrent l’efficacité de cette stratégie. À titre d’exemple, en 2025, la campagne « Va chier », consacrée au dépistage du cancer colorectal, a touché plus de trois millions de personnes sur le digital.
« L’âge ingrat », dédiée à la vaccination contre les HPV, a généré 9,6 millions d’impressions sur Doctolib et conduit à 1 856 consultations auprès d’un professionnel de santé. Enfin, la campagne Octobre rose « Partagez-vous des mots doux » a également touché plus d’un million de personnes et généré plus de trente millions d’impressions sur la plateforme Doctolib.
Après l’information, l’action !
Informer ne suffit pas. Pour passer de la prise de conscience à la prise de rendez-vous, « la proximité et le dialogue direct sont indispensables, précise Zeineb Lounici, présidente de la commission Prévention et promotion des dépistages à la Ligue contre le cancer. Cela permet de toucher les populations les plus éloignées du système de santé qui sont aussi, bien souvent, les plus à risque ».
Au travers de ses comités départementaux, la Ligue mène ce travail « d’aller vers » tout au long de l’année, mais aussi pendant les temps forts de la prévention (Octobre rose, Mars bleu, etc.). Partout en France, les comités départementaux adaptent leurs actions aux besoins des territoires. C’est ainsi que le comité de la Loire sillonne les quartiers populaires de Saint-Étienne pour évoquer l’ensemble des dépistages. En Corse-du-Sud, la Ligue se déplace avec un dermatologue pour détecter les éventuels cancers de la peau. « La Ligue a mené 6 000 actions de ce type en direction du grand public en 2025, poursuit Zeineb Lounici. Ces initiatives trouvent leur public et mobilisent les acteurs territoriaux et de santé publique ».
Réduire les inégalités d’accès au dépistage
Au-delà de ses actions de terrain, la Ligue agit également auprès des décideurs publics afin de faire évoluer les politiques de santé et de réduire les inégalités d’accès au dépistage. « Nous nous sommes notamment exprimés à l’occasion d’une mission parlementaire, en septembre 2025, sur la nécessité d’interdire les dépassements d’honoraires qui peuvent parfois être pratiqués dans le cadre du dépistage organisé », explique Zeineb Lounici.
Ces dépassements constituent un frein pour certaines personnes alors même que le dépistage organisé est pris en charge à 100 % par l’assurance maladie. Pour garantir une continuité entre le test de dépistage et l’examen diagnostique et lever un frein financier important pouvant conduire à un renoncement aux soins, la Ligue plaide pour l’interdiction des dépassements d’honoraires pour les actes en lien avec les dépistages organisés (échographie et coloscopie, notamment).
Concernant la vaccination scolaire contre le HPV, la Ligue milite pour que les collèges, qui demandent l’accord des deux parents pour vacciner un élève, s’alignent sur les pratiques habituelles de vaccination en ville où l’accord d’un parent suffit. C’est ainsi, grâce à ce travail de fond auprès des décideurs et sur le terrain avec les populations, que la Ligue contribue à la lutte contre les inégalités de santé.
Dans l’Essonne, la prévention s’invite à l’officine
En matière de prévention des cancers, les campagnes nationales ont parfois du mal à atteindre leurs cibles. C’est pourquoi la Ligue multiplie les actions de terrain pour sensibiliser le grand public et encourager au dépistage. En Essonne, son comité s’est uni au réseau de pharmacies Giphar pour des initiatives conjointes. « Faute de médecin traitant, les gens se rendent plus régulièrement chez le pharmacien qui est un relais de prévention présent sur l’ensemble du territoire, comme la Ligue, explique Natacha Lefebvre, directrice du comité de la Ligue contre le cancer de l’Essonne. Il était naturel que nous nous rapprochions. »
Ainsi, en janvier 2025, la CPAM – troisième partenaire associé – a invité les personnes concernées par le dépistage du cancer colorectal à venir chercher leur kit de dépistage dans la pharmacie Giphar de Briis-sous-Forges, où des bénévoles de la Ligue les ont reçues. « Bien souvent, le public ne se dépiste pas par peur du résultat, ajoute Natacha Lefebvre. Ces échanges en direct peuvent aider à lever ce frein. » L’opération fut un succès avec trente kits de dépistage remis.
Par ailleurs, le 31 mai dernier, à l’occasion de la Journée mondiale contre le tabac, une nouvelle rencontre a pu être organisée dans cette même pharmacie, cette fois sur le thème du tabac et des motivations pour arrêter de fumer. D’autres expérimentations menées par la Ligue et Giphar sont en cours, dans d’autres départements.
Dépistage
Qui ? Quand ? Comment ?
Pris en charge à 100 % par l’assurance maladie, les dépistages organisés des cancers sont proposés aux populations concernées selon différentes modalités.
Cancer colorectal
de 50 à 74 ans
Tous les 2 ans ![]()
À la maison, à l’aide d’un kit de prélèvement de selles à renvoyer par la Poste. Ce kit est à récupérer auprès du médecin généraliste ou d’un infirmier lors d’une consultation, du pharmacien ou via le site monkit.depistage-colorectal.fr.
Cancer du sein
de 50 à 74 ans
Tous les 2 ans ![]()
Un examen clinique suivi d’une mammographie, qui fait l’objet de deux lectures.
Cancer du col de l’utérus
pour les femmes de 25 à 65 ans
de 25 à 29 ans
Tous les 3 ans ![]()
Deux frottis (analysés par examen cytologique) effectués à un an d’intervalle puis trois ans plus tard s’ils sont négatifs.
de 30 à 65 ans
Tous les 5 ans ![]()
À partir de 30 ans : une recherche du papillomavirus via un frottis pratiqué trois ans après le dernier examen cytologique négatif. Il est répété tous les cinq ans si les résultats sont négatifs et jusqu’à 65 ans.
Vaccination HPV
filles et garçons de 11 à 14 ans ou, en rattrapage, de 15 à 26 ans
Deux doses à cinq mois d’intervalle ou, après l’âge de 15 ans, trois doses (0, 2 et 6 mois).
Cancer du poumon
Programme pilote IMPULSION
Qui ?
– Les femmes et les hommes de 50 à 74 ans
– les fumeurs et anciens fumeurs (sevrés depuis moins de 15 ans)
Comment ?
Le dépistage repose sur un scanner thoracique à faible dose.
Où ?
Avant un possible déploiement, ce programme pilote est d’abord proposé dans cinq régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Île-de-France, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Comment s’inscrire ?
Sur le site depistage-cancer-poumon.fr.
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