
Qu’est-ce qu’un aliment ultra-transformé ?
Sodas, soupes déshydratées, yaourts aromatisés, pains industriels ou plats préparés contenant des émulsifiants, colorants, arômes de synthèse… ces produits dits « ultra-transformés » font partie de notre quotidien. Quels sont leurs effets sur notre santé ? Peut-on réellement les éviter ?
Juin 2026 (n° 410) – Texte : Chloé Dussère
Temps de lecture : 15 minutes
Ils constituent plus d’un tiers de notre alimentation et sont très largement présents dans nos supermarchés, à la carte de certains restaurants, mais aussi parfois proposés dans les cantines scolaires ou restaurants d’entreprise. Les produits dits « ultra-transformés », tout droit sortis de l’industrie agroalimentaire, n’ont plus grand-chose à voir avec les aliments disponibles dans la nature… Et ils ont, on le sait aujourd’hui, des effets négatifs sur notre santé.
« Nous disposons désormais d’une centaine d’études reliant la consommation d’aliments ultra-transformés à l’augmentation du risque de développer plusieurs maladies chroniques – le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension, les symptômes dépressifs… – mais aussi la mortalité prématurée, résume le docteur Mathilde Touvier, directrice de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm, investigatrice principale de la cohorte NutriNet-Santé(1) et nouvelle présidente du PNNS 5 (2026-2030). Il existe également un lien fort entre la consommation de ces aliments et l’obésité qui est un facteur de risque connu pour de nombreux cancers. »

Pourquoi les aliments ultra-transformés sont-ils mauvais pour la santé ?
Pourquoi les aliments ultra-transformés sont-ils si néfastes ? Cela s’explique tout d’abord par leurs aspects nutritionnels : plus gras, plus sucrés, plus salés, ils sont également généralement plus caloriques et moins riches en fibres, vitamines et minéraux. Leur matrice alimentaire, c’est-à-dire la structure de ces aliments ultra-transformés, pose également problème.
« Dans ces produits, les ingrédients sont séparés, modifiés et recombinés artificiellement, explique le docteur Mathilde Touvier. Leur texture est aussi plus facile à mâcher. Résultat : notre corps, qui n’est pas habitué à cela, les absorbe plus rapidement et mobilise moins d’énergie pour les digérer. » Les aliments ultra-transformés ont également un gros défaut, souvent bien caché à la fin de la liste des ingrédients qui les composent.
Pour être toujours plus attractifs et plus gourmands, ils contiennent des additifs : édulcorants, émulsifiants, colorants… Or, la consommation de certains de ces ingrédients comme les nitrites, utilisés pour la conservation de la charcuterie et pour donner sa couleur rose au jambon, est un facteur de risques avéré pour certains cancers, et des effets sont également suspectés sur le diabète et l’hypertension. Une quinzaine d’articles scientifiques montrent des liens entre différents additifs et risque accru de maladies chroniques dans la cohorte NutriNet-Santé, sur plus de 100 000 adultes français.
Encore plus invisibles pour le consommateur, des contaminants peuvent également se former au moment de la mise en œuvre des procédés de transformation. « Quand les produits sont chauffés, par exemple, les hautes températures peuvent créer de l’acroléine, des furanes ou encore de l’acrylamide, dont l’impact néfaste sur la santé est démontré, précise le docteur Touvier. Des contaminants peuvent également provenir des emballages, comme les barquettes plastique des plats préparés chauffés au micro-ondes. En France, les fabricants des matériaux au contact des aliments ont le droit d’utiliser 12 000 substances différentes mais on ne connaît l’impact sur la santé de seulement quelques-unes, comme les bisphénols ou certains phtalates. »
Le marketing alimentaire influence-t-il nos choix ?
En France, notamment grâce au Programme national nutrition santé (PNNS), la population est sensibilisée à l’importance d’adopter une bonne alimentation. La promotion du « manger bouger » et le déploiement du Nutri-Score sont autant d’outils pour aider les consommateurs à se repérer. En parallèle, les médias relaient aussi assez régulièrement les méfaits de certains produits issus de l’industrie agroalimentaire et des substances controversées qu’elle utilise. Alors pourquoi, malgré la multiplicité de ces actions de prévention et la quantité d’informations sur le sujet, les produits ultra-transformés nous attirent-ils tant ? Contre toute attente, ce n’est sans doute pas pour leur prix. En effet, une récente étude démontre que les produits de meilleure qualité nutritionnelle (Nutri-Score A et B) ne sont pas nécessairement plus chers que les produits de moins bonne qualité nutritionnelle (Nutri-Score D et E)(2). En revanche, ces aliments sont disponibles partout et les marques qui les produisent sont omniprésentes : dans les médias, les réseaux sociaux, les rues, sur les maillots de nos sportifs préférés, dans les mains des influenceurs du monde entier
Un manque de courage politique ?
Difficile, dans ces conditions,de résister à l’ultra-transformé, d’autant que les substances pourtant problématiques qui le constituent restent autorisées par la loi. « Nous avons besoin de recherche pour réévaluer la sécurité de certaines substances et les faire interdire le cas échéant, estime le docteur Touvier. Il nous faut également des politiques publiques capables de réduire significativement l’exposition des populations aux aliments ultra-transformés, de réguler le marketing et de rendre obligatoire le Nutri-Score. On ne peut pas faire peser toute la responsabilité sur les épaules des consommateurs qui sont, dès le plus jeune âge, incités à surconsommer des produits de mauvaise qualité nutritionnelle. »
(1) Lancée en 2009, l’étude NutriNet-Santé a pour objectif d’étudier les liens entre nutrition et santé. Elle s’appuie, pour cela, sur une cohorte de plus de 183 000 volontaires.
(2) « Quelle association entre Nutri-Score et prix ? Une analyse descriptive par catégorie de produits », Santé publique France, mars 2026.
« En matière d’alimentation, il est important de ne pas culpabiliser les personnes malades. »
Dr Damien Vansteene, oncologue médical spécialisé en nutrition
« En consultation, les patients n’évoquent pas spontanément la question des produits ultra-transformés et, pendant leur traitement, tout l’enjeu est de prévenir la dénutrition et la perte de poids. Dans ces conditions, l’apport de calories et de protéines prend le dessus sur l’équilibre alimentaire et les recommandations du PNNS(1). En revanche, après les traitements, les questions d’alimentation sont abordées avec pour objectif de prévenir la récidive, en luttant notamment contre l’obésité.
Or, notre société n’est pas organisée pour aider les personnes à changer leurs habitudes alimentaires et les produits les plus défavorables à la santé sont encore largement mis en avant. Du côté des soignants, une mobilisation interdisciplinaire qui associe les oncologues,
nutritionnistes, enseignants d’activité physique adaptée (APA) et psychologues est nécessaire pour une prise en charge personnalisée des patients. »
(1) Programme national nutrition santé.
Une classification pour se repérer
Proposée en 2009 et mise à jour en 2016, la classification NOVA des aliments est aujourd’hui reconnue à l’international. Elle classe les aliments en quatre groupes en fonction de leur degré de transformation industrielle.

Les aliments ultra-transformés en chiffres

Les produits ultra-transformés sont partout et nous les consommons parfois sans nous en rendre compte. Quelques données aident à prendre conscience de l’ampleur du phénomène.
-
Plus de 40 %
des cancers sont attribuables à des facteurs de risque évitables
dont 16 à 20 % dûs à des facteurs nutritionnels (alimentation, activité physique, statut pondéral et consommation d’alcool)
Institut national du cancer, 2019 -
Environ 80 %
des produits ultra-transformés sont notés C, D ou E par le Nutri-score
Foodwatch, avril 2026 -
Plus de 60 %
des produits emballés en supermarché sont ultra-transformés
Foodwatch, avril 2026 -
Entre 30 et 35 %
des calories ingérées par les adultes proviennent d’aliments ultra-transformés (en France)
et jusqu’à 45 % chez les enfants
Étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition (Esteban), 2014-2016
Pourquoi la Ligue contre le cancer agit contre certains additifs alimentaires ?
Mobilisée pour lutter contre tous les facteurs de risque de cancers, la Ligue est engagée contre les nitrites, l’aspartame, la publicité pour les produits trop gras et trop sucrés… Des combats qu’elle porte via ses plaidoyers, pétitions et auprès des collectivités.

Emmanuel Ricard,
directeur du service prévention et promotion du dépistage de la Ligue contre le cancer
Alors que 40 % des cancers seraient liés à des facteurs de risque évitables, parmi lesquels l’alimentation*, nous sommes pourtant, en tant que consommateurs, exposés en permanence à des produits alimentaires peu favorables à la santé, souvent vendus en promotion dans les supermarchés. Dans ce contexte, difficile d’adopter des habitudes alimentaires plus saines.
« L’éducation des personnes joue un rôle mineur dans la prévention des risques associés à une alimentation défavorable à la santé, confirme Emmanuel Ricard, directeur du service prévention et promotion du dépistage de la Ligue contre le cancer. Il faut outiller le consommateur pour que ses choix et achats aient un impact sur les industriels qui produisent ces aliments néfastes et sur les politiques qui peuvent les taxer. »
Une mobilisation collective…
De son côté, la Ligue contre le cancer œuvre pour faire évoluer les politiques publiques, demandant par exemple que le Nutri-Score devienne obligatoire ou que certains additifs, comme l’aspartame, soient interdits. Avec d’autres associations comme Foodwatch et Yuka, la Ligue a notamment réussi à mobiliser contre les nitrites, dès 2019, à travers une pétition et un plaidoyer, poussant l’État à élaborer un plan de diminution des nitrites dans certains aliments. Des produits sans nitrites sont désormais commercialisés. « Un progrès, même si nous déplorons que ces produits soient vendus plus cher que ceux qui contiennent des nitrites », nuance Emmanuel Ricard.
… au plus près des populations
La Ligue contre le cancer se mobilise aussi sur le terrain, avec « Ma Ville se Ligue », un dispositif qui engage les collectivités à créer des environnements plus favorables à la santé. Cela passe par la diffusion de messages de prévention, la suppression des publicités pour les aliments problématiques près des écoles, la reprise en main de la restauration scolaire pour une alimentation de meilleure qualité… « Dans une logique transpartisane, je crois que les politiques commencent à évoluer sur ces sujets, conclut Emmanuel Ricard. Peut-être que la France commence à comprendre que la réduction des coûts de la Sécurité sociale est inenvisageable si l’on n’agit pas sur les facteurs déterminants des maladies chroniques, dont l’alimentation fait partie. »
* Institut national du cancer.
Bon ou mauvais pour la santé ?
Quelques repères pour faire des choix éclairés pour une alimentation favorable à la santé.

Comment lire le Nutri-Score ? ![]()
Le Nutri-Score « note » les aliments de A (en vert foncé) à E (en rouge) en fonction de leur composition nutritionnelle. Les produits riches en nutriments et aliments à favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes et légumes secs) seront mieux classés (A, B), que les produits à forte teneur en éléments à limiter (acides gras saturés, sucre, sel, calories ou encore édulcorants pour les boissons) qui sont marqués d’un D ou d’un E. Comme le Nutri-Score n’est pas obligatoire, il convient de se méfier des produits qui n’en portent pas et de se reporter aux étiquettes. Une évolution du Nutri-Score est à l’étude pour mieux pénaliser les aliments ultra-transformés.
Comment remplacer un aliment ultra-transformé ?
Les produits pas ou peu transformés sont plus intéressants pour la santé, a fortiori s’ils sont nutritionnellement sains et issus de l’agriculture biologique. On prend moins de risques à assembler soi-même des aliments qu’à les consommer déjà préparés. Par exemple, pour remplacer une crème dessert industrielle, mieux vaut opter pour un yaourt nature que l’on sucre avec des fruits, de la compote ou du miel.
Quelles applications utiliser pour décrypter les étiquettes ?
Plusieurs applis décryptent les étiquettes : Yuka, Open Food Facts, QuelProduit… Il suffit de scanner le code-barres d’un produit avec son téléphone portable et l’appli dit tout de sa composition, renseignant parfois sur son Nutri-Score (même s’il n’est pas présent sur l’emballage), sa catégorie NOVA, son impact environnemental.
Comment repérer les additifs alimentaires ?
Dans une liste d’ingrédients, le premier nommé est le plus abondant et, plus la liste est longue, plus un produit a de risques de contenir des additifs. Ces derniers sont désignés soit par le nom de la substance, soit par un code commençant par la lettre E.
E100 à E180 : colorants.
E200 à E299 : conservateurs.
E300 à E399 : antioxydants.
E400 à E499 : émulsifiants, stabilisants, épaississants, gélifiants…
E420, E421 et E950 à E969 : édulcorants de charge et édulcorants intenses.
Quelques FAQ sur le sujet
-
Les aliments ultra-transformés favorisent-ils le cancer ?
Plusieurs études scientifiques montrent une association entre une consommation élevée d’aliments ultra-transformés et un risque accru de certains cancers. Les mécanismes impliqués continuent d’être étudiés.
-
Comment savoir si un produit est ultra-transformé ?
La classification NOVA permet de repérer les aliments ultra-transformés. Ils contiennent souvent des additifs, arômes, colorants ou ingrédients issus de procédés industriels complexes.
-
Le Nutri-Score permet-il d’identifier les aliments ultra-transformés ?
Pas toujours. Un produit peut avoir un Nutri-Score satisfaisant tout en étant ultra-transformé.
-
Les aliments bio peuvent-ils être ultra-transformés ?
Oui. Un produit biologique peut appartenir à la catégorie NOVA 4 s’il contient des additifs ou a subi de nombreuses transformations industrielles.
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum
- Forum


