
… ne plus supporter les remarques bien intentionnées ?
Quand on est malade, il est important de se sentir soutenu et entouré. Les paroles des proches sont bien souvent réconfortantes. Mais il arrive que l’on se sente agacé par certaines remarques pourtant positives.
Juin 2026 (n° 410) – Texte : Chloé Dussère
Temps de lecture : 3 minutes
Tu vas t’en sortir », « Le cancer se soigne très bien », « Reste positif »… Ces paroles, les personnes malades peuvent les entendre régulièrement. Prononcées par des proches, elles sont, dans l’esprit de ceux qui les formulent, souvent énoncées dans l’objectif de soutenir, de rassurer. Mais sont-elles si rassurantes ?
Pourquoi certaines paroles bien intentionnées sont-elles difficiles à entendre ?
« Du fait de la maladie et des traitements, une personne qui souffre peut éprouver une difficulté à recevoir une remarque positive car elle peut entrer en décalage avec la perception négative qu’elle a de son corps », explique Stéphane Joly, psychologue clinicien. En effet, une personne malade peut être heurtée par un proche qui lui dirait « tu as bonne mine » ou « tu as l’air bien aujourd’hui » alors qu’elle ressent tout l’inverse et ne se reconnaît pas dans ces propos. Elle peut aussi en questionner la sincérité. Un doute peut alors s’instaurer et créer de l’inconfort. « Ces propos peuvent être d’autant plus difficiles à recevoir pour une personne touchée par un cancer. Sa situation l’expose à des sentiments de honte et de culpabilité provoqués par l’état de soumission à la maladie, précise le praticien. Si l’on ajoute la solitude que l’on peut ressentir lorsque l’on est affaibli, toutes les conditions sont réunies pour un repli sur soi et une difficulté à recevoir positivement ce qui vient de l’extérieur. »

Dire à un proche qu’il a un petit cancer et qu’il va s’en remettre sert à se rassurer soi-même et le patient le ressent. »
Stéphane Joly, psychologue clinicien
Quand les mots traduisent aussi l’angoisse de l’entourage
Dire « ça va aller » à quelqu’un qui se bat contre une maladie grave dont personne, pas même les soignants, ne connaît réellement l’issue, peut traduire une angoisse. « Une angoisse qui peut alimenter celle de la personne qui souffre », précise Stéphane Joly. C’est l’angoisse masquée derrière des remarques a priori encourageantes qui peut être mal perçue et renforcer une angoisse « légitime » déjà induite par l’état de souffrance. « Parfois, cet énervement se cristallise autour de l’alimentation, explique Stéphane Joly. Il n’est pas rare qu’une personne visitant un proche malade lui apporte son plat préféré en disant “je t’ai cuisiné quelque chose que tu aimes, tu vas pouvoir manger”. Ce comportement se situe du côté de la gentillesse, de la bienveillance, mais il peut être mal perçu par la personne malade. Celle-ci, privée d’appétit à cause des traitements, est ainsi renvoyée à un état qu’elle n’a pas choisi et qui l’empêche de profiter de ce qu’elle aimait avant la maladie. »
Comment soutenir une personne atteinte d’un cancer ?
Alors, faut-il bannir les paroles positives quand on s’adresse à une personne malade ? « Absolument pas, affirme Stéphane Joly. Il n’est pas question de décourager les aidants. Chacun peut simplement s’interroger sur sa relation à l’autre : à qui je m’adresse ? pourquoi je lui parle ? Un malaise qui s’installe peut traduire une angoisse ; la nommer peut être bénéfique. » Adopter une position d’écoute et d’ouverture peut également être intéressant : demander à la personne comment elle va, de quoi elle a envie, ce qui la dérange… et essayer de prendre en compte ses réponses pour adapter sa communication. Du côté de celui qui souffre, l’idéal serait de réussir à verbaliser ses limites, de dire à ses proches ce qu’il attend d’eux et de cadrer les sujets qu’il souhaite aborder ou pas. En la matière, les formulations les plus simples sont souvent les plus efficaces : « Je n’ai pas trop envie de parler de mon cancer en ce moment » ou « On en parle cinq minutes et après on passe à autre chose ». « En fonction de sa personnalité, on peut également opter pour l’humour ou l’évitement, propose Stéphane Joly. Mais il ne faut jamais oublier que poser ses limites quand on est malade ne sera jamais mal pris. »
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