
« À 70 ans, j’ignorais qu’on pouvait développer un cancer lié au HPV. »
En avril 2024,Catherine apprend qu’elle est atteinte d’un cancer de la gorge lié au papillomavirus humain (HPV). Du diagnostic aux traitements puis à l’après-cancer, elle raconte cette épreuve et les enseignements qu’elle en tire aujourd’hui.
Septembre 2026 (n° 411) – Texte : Chloé Dussère
Temps de lecture : 5 minutes

Ce sont les symptômes d’une angine blanche qui poussent Catherine Pernoud, 70 ans, à consulter le médecin. Malgré les antibiotiques, son mal de gorge persiste et de nouveaux examens sont réalisés. Après quelques semaines, le diagnostic tombe : Catherine est atteinte d’un carcinome – un cancer de la gorge – qu’il faut opérer.
On lui explique que cette maladie est due au HPV, un virus qui touche 70 % de la population et qui n’avait, jusqu’alors, jamais alerté ses médecins. « Je savais que le papillomavirus pouvait être à l’origine d’un cancer du col de l’utérus, mais j’ignorais complètement qu’il était aussi impliqué dans les cancers ORL, y compris chez les personnes de mon âge », précise Catherine.
Cancer ORL : une opération aux lourdes conséquences
Prise en charge à l’Institut Curie, à Paris, Catherine doit subir une opération qu’elle a du mal à accepter. « J’ai essayé de l’éviter car j’avais peur d’être défigurée mais la chirurgienne m’a rassurée, raconte-t-elle. Tout s’est bien passé mais le réveil et les jours qui ont suivi ont été particulièrement difficiles, notamment parce que j’ai fait un petit AVC au bloc ». Après une opération de sept heures au cours de laquelle trois ganglions ont été retirés et une greffe réalisée, Catherine passe deux semaines en soins intensifs sans pouvoir parler avec, à cause de son AVC, des difficultés à écrire sur une ardoise pour se faire comprendre.
« Les douleurs n’étaient que psychologiques mais, sans la présence quotidienne de mon mari, les visites de mon fils et le soutien bienveillant de l’ensemble de l’équipe médicale, j’aurais eu du mal à remonter la pente, analyse-t-elle. J’avais des hallucinations, je voyais des gens du passé qui m’appelaient à eux. Maintenant, j’en ris mais sur le moment, c’était très angoissant ».
La reprise de la gymnastique, en douceur, m’a aidée à retrouver de l’apaisement dans le corps et l’esprit. »
Catherine Pernoud
Après l’opération, la radiothérapie et la chimiothérapie
Le visage gonflé, des cicatrices sur le cou, mais aussi le poignet et le ventre – là où des prélèvements de peau ont été réalisés pour la reconstruction par greffe –, Catherine a du mal à supporter son image. Les soins prodigués par le kinésithérapeute et l’orthophoniste – pour retrouver la mobilité et la parole – sont précieux. Catherine, qui a appris à voir le côté positif de la vie même dans la tourmente, récupère progressivement. Mais, alors qu’elle pensait que l’opération suffirait à traiter son cancer, des séances de radiothérapie et de chimiothérapie sont programmées pour éviter la récidive. La radiothérapie est tellement difficile à supporter que Catherine doit être hospitalisée, la sensation de bouche brûlée l’empêchant de s’alimenter correctement. « En plus de ressentir une immense fatigue, j’ai beaucoup maigri et je ne reconnaissais plus mon corps, raconte-t-elle. Moi qui ai pratiqué la danse une grande partie de ma vie, c’est la reprise de la gymnastique, en douceur, qui m’a aidée à retrouver de l’apaisement dans le corps et l’esprit ».
Le temps du retour à soi
Touchée par une embolie pulmonaire aujourd’hui « sous contrôle » et toujours gênée par une sensation d’hypersalivation, Catherine Pernoud est désormais considérée « en rémission » par ses médecins.
Ses contrôles réguliers lui rappellent ce qu’elle a traversé et ce que le cancer a modifié en profondeur chez elle. Plus attentive à ce qui est « vraiment grave » et plus sujette à l’inquiétude, Catherine a tiré les enseignements de son expérience de la maladie. « J’ai toujours été très apprêtée, faisant attention à mon image, mais je crois que le cancer m’a paradoxalement appris à accepter mon âge et les changements physiques qu’il implique, analyse-t-elle. Au tout début de la maladie, on m’avait dit qu’on ne sort pas d’un cancer comme on y est entré. Avec le recul, je le confirme. »
Ça m’a aidée !
L’écriture
J’ai souhaité évoquer mon expérience de la maladie dans mon troisième opus intitulé Si le cancer m’était conté. Cela m’a donné l’occasion d’exprimer ma douleur et de renouer avec ma concentration, mise à mal par les traitements. Écrire aide à comprendre ce que l’on traverse et peut-être d’aider les personnes qui font aussi l’expérience de la maladie.
La musique
Lors de mes séances de chimiothérapie, je restais dans ma bulle avec ma musique dans les oreilles. J’écoutais les titres de ma jeunesse : les Beatles, Chris Rea, Bob Dylan et surtout… Johnny Hallyday. Depuis ce concert au Palais des Sports dans les années 70, il ne me quitte pas. Sa force m’a beaucoup portée.
Le cinéma
Le suis très cinéphile et, même en soins intensifs, je regardais des films sur la télévision de l’hôpital. J’ai notamment revu toute la filmographie d’Alain Delon. Cela me rappelait différents moments de ma vie et m’aidait à penser à autre chose.

À lire
Si le cancer m’était conté,
de Catherine Pernoud (éditions Book Envol), 2026.
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