
Dépistage du cancer du sein : la mammographie mobile améliore la participation des femmes
Chaque année, des millions de femmes sont invitées à participer au dépistage organisé du cancer du sein. Pourtant, moins d’une sur deux réalise une mammographie dans ce cadre. Une étude menée en Normandie montre qu’un dispositif de mammographie mobile peut améliorer la participation, notamment chez les femmes les plus éloignées des soins.
Juin 2026 (n° 410) – Texte : Chloé Dussère
Temps de lecture : 3 minutes

En 2024, sur les 5,4 millions de femmes entre 50 et 74 ans invitées à participer au programme national de dépistage organisé du cancer du sein (PNDOCS), environ 2,4 millions y ont pris part. Ces 44 % de participation sont loin du seuil de 70 % nécessaire pour atteindre l’objectif de réduction de la mortalité par cancer du sein. Parmi les différents facteurs qui expliquent ces chiffres, les inégalités sociales et géographiques ont un poids important.
L’équipe de recherche Anticipe (Inserm U1086, université de Caen), dirigée par le professeur Guy Launoy, est une des rares équipes labellisées par la Ligue contre le cancer qui étudie l’épidémiologie sociale des cancers. Elle a mené une étude pour évaluer la pertinence d’utiliser un dispositif mobile de dépistage, le « mammobile », un mammographe installé dans un camion. Les résultats, récemment publiés dans la revue médicale The Breast, montrent que cette démarche « d’aller-vers » est efficace pour toucher les femmes qui participent le moins au PNDOCS.
Les chercheurs d’Anticipe ont à leur actif différents projets sur les inégalités sociales en cancérologie, notamment sur le dépistage et la prévention du cancer colorectal. « Il est connu qu’il existe des inégalités sociales de mortalité par cancer mais les études ont montré qu’elles sont plus liées aux inégalités de survie qu’aux inégalités d’incidence, particulièrement pour les cancers dépistables. Ainsi, dans les populations défavorisées, malgré une moindre incidence de cancers du sein, la mortalité est plus forte, notamment en raison d’une participation plus faible au dépistage. Les cancers diagnostiqués à des stades plus avancés sont en effet de moins bon pronostic », explique le professeur Guy Launoy.
Comment fonctionne une mammographie mobile ?
Le principe du « mammobile » est mis en œuvre depuis longtemps en France et à l’étranger, mais l’impact du dispositif sur la participation au dépistage n’avait jamais été évalué scientifiquement en Europe. « Pour obtenir le meilleur niveau de preuve, nous avons choisi de réaliser un essai randomisé sur un large échantillon de femmes de quatre départements normands : la Manche, le Calvados, la Seine-Maritime et l’Eure », détaille le professeur Guy Launoy qui souligne également que ce type de projet de recherche est très difficile à financer.
« Nous avons été soulagés que les départements prennent en charge l’achat du camion, soit environ 700 000 euros. Et le soutien de la Ligue contre le cancer a été une autre aide précieuse. La labellisation est un dispositif pluriannuel ce qui permet d’entreprendre avec sérénité des projets sur le long terme comme celui-ci », précise-t-il.
Une étude menée auprès de 80 000 femmes
Les chercheurs ont recueilli et comparé les données obtenues durant deux ans sur 80 000 femmes habitant à plus de 15 minutes d’un cabinet de radiologie. Une moitié a été assignée au groupe « contrôle », qui recevait l’invitation classique au PNDOCS, tandis que les autres participantes étaient invitées à bénéficier d’un dépistage de proximité dans le mammobile. Celui-ci proposait exactement les mêmes services qu’un cabinet de radiologie : un mammographe, un échographe, la présence d’un médecin radiologue et d’un manipulateur radio.
Le mammobile améliore la participation au dépistage
Résultat, le dispositif a augmenté la participation de 8 % en moyenne. Dans le département de la Manche, où l’information de proximité et l’implication des acteurs locaux sont les meilleures, le taux de participation a même grimpé de 13 %. Point majeur, l’étude montre que les femmes qui sont venues au mammobile étaient les plus défavorisées et, souvent, avaient aussi un historique de dépistage plus chaotique. « Le rôle des radiologues et des collectivités locales est primordial. Il est également crucial de trouver des moyens de communication de proximité efficaces pour toucher les populations cibles, pointe le professeur Launoy. En effet, si ce type d’offre n’est pas fléché, il profite, en réalité, aux personnes qui ont déjà le meilleur accès aux soins, aggravant ainsi les inégalités. Pour être pertinents, ces dispositifs doivent respecter le principe d’universalisme proportionné qui consiste à offrir plus à ceux qui ont moins. »
Cancer du sein : pourquoi le diagnostic précoce sauve des vies
Le cancer du sein reste la première cause de décès par cancer chez les femmes en France. Santé publique France estimait à un peu moins de 13 000 les décès survenus en 2023, pour 61 000 nouveaux cas de cancers du sein diagnostiqués. Cependant, entre 2012 et 2022, la mortalité a baissé de 1,2 % par an. Cette réduction est liée à l’évolution des thérapies mais aussi à la précocité du diagnostic qui offre de plus grandes chances de survie. Aujourd’hui, 60 % des cancers du sein sont diagnostiqués à un stade précoce, mais plus de 7 % le sont encore à un stade métastatique, indique l’Institut national du cancer (INCa).
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